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4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 18:53

Voici une autre interview d'Alberto José González, publiée le 12 novembre 2010 par les Écossais de The Retro Brothers, sur le blog  ZX Spectrum Games, traduite par mes soins.

Ce sont précisément les jeunes années, où Alberto a développé et composé sur ZX Spectrum, Amstrad CPC et MSX, qui sont abordées dans cette interview.

Article original : http://zxspectrumgames.blogspot.fr/2010/11/spectrum-games-programmer-interview.html

 


 

Alberto Gonzalez s’est fait connaître sous le nom de Joe McAlby à l’époque où il était développeur sur ZX Spectrum.

Il a travaillé chez New Frontier et a programmé les graphismes et la musique de plusieurs jeux d’arcade tels que The Light Corridor, Hostages, North & South et bien d’autres. Selon moi, ses musiques de jeux fait partie des meilleures et ont vraiment repoussé les capacités de la puce AY.

J’ai eu la chance de pouvoir discuter avec Alberto, qui a été très heureux d’évoquer les années où il faisait ces musiques et ces graphismes merveilleux sur notre Speccy bien aimé

 

1 : Quel est le premier ordinateur sur lequel vous avez programmé, et quel âge aviez-vous à l’époque ?

Mon premier ordinateur était un Casio PB-700. Il n’était pas très puissant, mais au moins fonctionnait avec des piles, ce qui me permettait de l’emmener partout avec moi. J’avais alors 11 ans.
 

2 : Comment êtes-vous devenu développeur de jeux vidéo ? Est-ce que vous vous intéressiez à la programmation autant qu’à la musique ?

J’ai appris le BASIC avec le manuel d’utilisation du PB-700 (c’était quand les manuels servaient à quelque chose !) et j’ai commencé à programmer mes premiers jeux dessus.

Mais à cette époque, je m’intéressais surtout à la création de graphismes, puisque je dessinais déjà beaucoup sur papier. J’ai programmé un petit logiciel pour créer des graphismes sur mon BP-700, et le premier sprite que j’ai fait était le soldat d’Exolon de Raffaele Cecco. Je l’ai copié au pixel près à partir d’un screenshot que j’ai trouvé dans Microhobby, un magazine Spectrum que j’avais l’habitude d’acheter.

Un jour, j’ai changé d’ordinateur pour un Spectrum +2 et c’était incroyable, je pouvais jouer à de vrais jeux d’arcade et faire de vrais bons graphismes ! Alors j’ai continué à faire des graphismes et de la programmation en BASIC avec le Spectrum.

À l’âge de 16 ans (en 1988), je suis tombé sur une boîte aux lettres avec le nom « New Frontier » inscrit dessus. Je me suis souvenu avoir vu ce nom dans un jeu appelé « Time Out ». J’ai frappé à la porte, ils ont aimé mes graphismes et le lendemain j’étais embauché.

J’ai d’abord commencé comme graphiste, puis un jour un gars m’a prêté une copie du logiciel The Music Box sur Spectrum. J’ai commencé à faire de la musique, toutes sortes de mélodies, des expérimentations… Je trouvais ça excellent. [Mes collègues] ont aimé ma musique, donc j’ai commencé à faire de la musique officiellement, en plus des graphismes. J’ai dû ensuite apprendre l’assembleur pour avoir le contrôle total sur la musique, et programmer mes propres drivers et utilitaires audio.

Pour moi, la musique et la programmation étaient des expériences incroyables, j’avais beaucoup à apprendre et j’étais très motivé.
 

3 : Pouvez-vous me parler de votre formation et de vos connaissances musicales ?

Avant que je commence à faire de la musique avec mon Spectrum, je n’avais aucune connaissance ou intérêt pour la musique, dans le sens où je ne savais pas que j’étais capable de composer ; je n’avais jamais essayé. J’ai dû jouer de la flûte à l’école quand j’avais 8 ans, mais c’était tout.

Je ne suis pas un bon élève, je dois faire les choses moi-même pour apprendre, donc je n’ai jamais étudié la musique. J’ai toujours composé d’instinct, sans avoir de grandes connaissances sur ce que je faisais ou comment ça s’appelait. Si ça sonnait bien, c’est que ça devait être bon !

Ce n’est que récemment que je me suis lentement mis à apprendre la théorie musicale. Maintenant, je sais ce que c’est qu’un accord ! Mais je suis toujours incapable de jouer correctement d’un instrument.
 

4 : Comment c’était de programmer le beeper monocanal du Spectrum ?

Je n’ai fait qu’un morceau sur le beeper, pour la version 48 K de The Light Corridor, mais je n’ai pas programmé le driver audio ; en fait je l’ai repompé sur autre musicien (devinez qui !)…

À l’époque, je m’y connaissais assez en assembleur pour désassembler et comprendre le code, donc j’ai adapté ce driver pour ma propre musique. Ça me gêne un peu d’avoir fait ça, mais j’ai beaucoup appris de cette expérience. Vous savez, il n’y avait pas d’internet, ni de livres à ce sujet ; on était obligé d’apprendre beaucoup de choses comme ça.
 

5 : Ça vous a plus quand le Spectrum est ressorti avec la puce AY ?

En fait, j’ai commencé ma carrière professionnelle en 1988, et mon premier Spectrum était un +2 qui avait déjà l’AY, donc je n’ai pas vécu la transition entre le beeper et l’AY. J’aimais bien les deux sons, certains programmeurs et musiciens ont fait un travail fantastique avec le beeper, qu’on ne pouvait pas reproduire sur l’AY.
 

6 : Est-ce que la programmation de l’AY était la même sur toutes les machines qui utilisaient cette puce ?

Mes OST sur Spectrum et MSX sont quasiment identiques. Les versions Amstrad sonnent un peu différemment. Le driver audio était exactement le même, à part quelques changements mineurs dans le code chargé d’écrire dans les registres audio.
 

7 : Je vois que vous étiez aussi graphiste. Pouvez-vous me dire sur quoi vous travailliez ?

Chez New Frontier, j’étais responsable de tous les sprites et de toutes les animations dans les jeux. Un autre collègue s’occupait des décors et des écrans fixes. Donc j’ai fait les sprites pour Hostages, North & South et Magic Johnson, sur les versions Spectrum et Amstrad. J’ai aussi créé la musique de ces jeux (entre autres), ainsi que quelques utilitaires.

Plus tard, nous avons commencé à faire des jeux Game Boy, et j’ai fait les sprites d’Astérix et des Schtroumpfs sur Game Boy et sur NES. Je n’ai plus fait de graphismes après ces jeux ; j’ai dû me concentrer sur la composition et la programmation, simplement pour une question de productivité.

 

[Vidéo] North & South, un joli mélange de stratégie et d’action arcade

 

8 : De quel jeu ZX Spectrum êtes-vous le plus fier ?

C’est difficile à dire ; ça dépend. J’aime vraiment les graphismes que j’ai faits sur Hostages et North & South. Les deux jeux étaient excellents et ont eu de très bonnes critiques, surtout North & South.

D’un autre côté il y a The Light Corridor, dont j’ai adoré composer l’OST.

Par contre je peux vous dire de quel jeu je ne suis pas fier (à part pour la musique) ; c’est Magic Johnson. J’ai fait un travail horrible sur ce jeu.

 

[Vidéo] The Light Corridor, une des meilleures musiques de tous les temps dans un jeu d’arcade

 

9 : Quels programmeurs ou musiciens vous impressionnaient le plus à l’époque ?

Je pourrais tous les citer ! Parmi mes programmeurs préférés, ceux qui me viennent à l’esprit tout de suite sont Jon Ritman, Mike Lamb, Jonathan Smith (RIP), Don Priestley…

Parmi les musiciens, je pourrais en citer encore plus : David Whittaker, Jonathan Dunn, Ben Daglish, Matthew Cannon, Fred Gray, Dave Rogers… Ils avaient chacun leurs propres techniques et leur propre style, que j’adorais. Mais celui qui m’a le plus inspiré est Tim Follin ; même encore aujourd’hui !

 

10 : Comment était la vie chez Infogrames au début des années 1990 ?

Je ne travaillais pas chez Infogrames ; mon studio s’appelait New Frontier et on faisait des jeux pour Infogrames. Le fait d’être un studio espagnol publié par un éditeur français nous a rendus pratiquement invisibles aux yeux du monde, et même dans notre propre pays.

Mais chez New Frontier, la vie ne se passait pas aussi bien qu’elle aurait dû. J’étais jeune et très motivé d’apprendre et d’expérimenter tout ce qui touche la programmation, la musique, et les jeux vidéo en général ; mais nous n’avons jamais été correctement payés pour aucun de nos jeux. Les patrons prenaient tout l’argent, et inventaient toutes sortes d’excuses à n’en plus finir pour ne pas nous payer. Mais que faire ? On voulait faire des jeux, et il n’y avait aucun autre développeur de jeux à Barcelone.

On n’a pas eu de salaire fixe jusqu’à ce qu’on prenne les rênes en fondant Bit Managers.

 

11 : Avez-vous des anecdotes ou des histoires drôles à nous raconter sur vos années Spectrum ?

Il doit y en avoir, et des bonnes, mais je ne m’en rappelle d’aucune tout de suite… Désolé.

 

12 : Comment avez-vous trouvé le pseudo « Joe Mc Alby » pour vos travaux sur Spectrum ?

Chez New Frontier, tout le monde utilisait des surnoms pour les jeux. « Alberto J. Gonzalez » est un nom tellement commun et qui sonne tellement espagnol que je devais trouver une meilleure option. À l’époque il y avait beaucoup de « Mc » célèbres (MC Hammer, McDonald’s, Paul McCartney, Marty McFly…), donc j’ai eu l’idée de mettre « Mc » devant mon propre prénom, « Alby ». Un peu plus tard j’ai ajouté le prénom Joe, qui est presque mon vrai deuxième prénom, José. MC, c’est pour Music Creator. :)

Quand j’ai commencé à faire de la musique sur consoles, j’ai laissé tomber mon surnom, mais je ne me suis toujours pas habitué à entendre mon vrai nom prononcé en anglais ! Ça me parait toujours très étrange.

 

13 : Enfin, pouvez-vous nous dire ce que vous faites de nos jours ?

En fait je n’ai jamais arrêté de faire des jeux vidéo depuis les années Spectrum. Un jour, les derniers membres de l’équipe New Frontier (4 personnes, dont moi-même), ont fondé Bit Managers, où j’ai composé des dizaines d’OST sur plusieurs consoles : Game Boy, NES, Master System / Game Gear, SNES, Game Boy Advance… Plus tard, j’ai quitté Bit Managers et fondé Abylight avec quelques collègues (en 2003), et j’ai commencé à faire d’autres jeux, pour téléphones portables, Nintendo DS / DSi, iPhone, Wii…

Aujourd’hui je me consacre davantage au game design, mais je fais toujours un peu de tout. Je m’occupe aussi toujours du sound design et de la programmation, mais généralement la composition de la musique est externalisée.

Merci et bonne soirée !

Alberto

 

Merci beaucoup Alberto d’avoir pris le temps de discuter avec nous.

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